Q : Fort de votre longue carrière dans la structuration des systèmes électriques et des marchés de l’électricité en Europe, quels sont selon vous les changements qui définiront le plus la prochaine décennie en matière de flexibilité et de modernisation du réseau ?
Tout d’abord, il est important de prendre du recul et de considérer la situation dans son ensemble. L’électrification est l’une des tendances mondiales les plus fortes, et nous n’en sommes encore qu’au début.
Aujourd’hui, l’électricité représente environ 20 % de la consommation totale d’énergie, mais cette part devrait augmenter de manière significative, pouvant atteindre entre 50 % et 70 %. Cette évolution est portée par trois forces principales :
- La décarbonation
- L’efficacité
- L’indépendance énergétique
Cependant, le rythme d’électrification varie fortement selon les régions. La Chine avance beaucoup plus rapidement, avec une progression d’environ 1,5 % par an et un niveau déjà supérieur à 30 %. À l’inverse, l’Europe et les États-Unis progressent à moins de 0,5 % par an et restent juste au-dessus de 20 %. Pour atteindre nos objectifs sur ces trois axes, l’électrification doit s’accélérer, en particulier en Europe.
Parallèlement, la structure du système électrique évolue. Du côté de la production, les énergies renouvelables domineront les nouvelles capacités installées, ce qui entraînera un profil de production plus variable. Du côté de la demande, l’électrification s’accélère rapidement, notamment dans le secteur des transports.
L’un des changements les plus importants concernera le transport lourd. Les camions électriques devraient se déployer plus rapidement que les véhicules particuliers électriques, en raison d’une meilleure rentabilité économique et d’un renouvellement des flottes plus rapide. Cette tendance est déjà très visible en Chine, où l’adoption progresse rapidement.
Le réseau électrique est identifié comme un potentiel goulot d’étranglement dans cette transition. Comme le souligne le récent « Grid Package » de l’Union européenne, l’expansion des infrastructures à elle seule ne suffira pas.